Recueilli par DAVID REVAULT D’ALLONNES
QUOTIDIEN : mardi 3 juin 2008
Daniel Percheron, président de la région Nord-Pas-de-Calais et influent baron du PS, décrypte les intentions de ces deux fédérations de poids pour le congrès.
Quelle est la position du Nord et du Pas-de-Calais ?
Leur position est d’aller vers un grand congrès, capable de traduire dans les faits ce que les électeurs ont indiqué dans les urnes aux municipales. Il y a des congrès de routine, d’autres qui
fondent, refondent et éclairent l’avenir. Le génie de François Hollande a été tel que le parti, depuis 2002, a pu prendre l’habitude de fonctionner sans courant majoritaire, sans colonne. Il
faut aujourd’hui effacer ce puzzle fragile, et constituer une véritable colonne vertébrale au parti.
Selon la contribution des deux fédérations, la campagne présidentielle de Ségolène Royal a «désarçonné bien des responsables socialistes qui ont pu s’interroger sur la pertinence de tel ou
tel choix». L’ex-candidate aurait-elle définitivement perdu le Nord ?
Le Nord et le Pas-de-Calais ont massivement voté pour elle pour la primaire, et participé intensément à sa campagne. Au sortir de celle-ci, était-elle en situation de devenir la première dans
le parti ? Non. Si le chemin était apparu plus droit et plus sûr, la candidate, même au lendemain d’une défaite, serait devenue première secrétaire. Mais le parti, dans ses profondeurs, n’a pas
souhaité opérer une telle transition. Ségolène Royal a été candidate en 2007 sans s’être exprimée au congrès qui précédait, celui du Mans. Au conseil national qui a suivi la
présidentielle, elle est restée une heure ou deux, avant de sortir pour esquisser devant les caméras un réquisitoire léger, mais ferme, à l’égard de son parti. Il est bon qu’elle vérifie quelle
est sa situation auprès des militants.
Souhaitez-vous éviter le choc Delanoë-Royal ?
Ceux qui annoncent qu’ils déposeront des motions sont les plus légitimes à le faire : la candidate à la présidentielle, logiquement, et le maire de Paris, qu’on pourrait qualifier de premier
des élus socialistes. Depuis dimanche, on peut penser qu’émerge une troisième force, à la tête de laquelle il me semble dangereux d’installer un inconnu. La troisième force doit avoir un visage
et une voix.
Celle de Martine Aubry ?
Par exemple. En tout cas, c’est elle qui s’avance. Et à partir du moment où elle le fait, elle apporte beaucoup au congrès.
Nord et Pas-de-Calais la soutiennent-ils ?
Leurs choix sont toujours conformes à ceux du parti. Il n’y a plus de bastion guesdiste hermétique. Nous ne sommes pas monolithiques, mais séduits et rassurés. Nous sommes sensibles à la
victoire de Martine Aubry à Lille, mais aussi à ce qu’elle représente : les 35 heures, la CMU, la question sociale traitée dans son ensemble. Au moment où un gentil facteur aimerait nous
déborder sur l’aile gauche, elle représente, justement, la gauche.
La fusion entre sa contribution et la contribution Nord-Pas-de-Calais est-elle acquise ?
A partir du moment où sa vision nationale rencontre notre vision régionale, la troisième force devient possible. J’espère que ces points de vue se rassembleront, et je ne vois pas pourquoi ils
ne le feraient pas. Un accident semble très improbable.